vendredi 30 mai 2008

Fil conducteur : le pêcheur impénitent

Pauvre pêcheur impénitent
Mélancholia



C'est le printemps, heure de la fraie, pauvre pêcheur impénitent,
Que captureras-tu dans tes rets d'argent, petite bête de sexe frétillant?

Petit poisson, aux écailles multicolores, sourire enjôleur, joli petit coeur?
Méfions-nous des sirènes vibrantes, à la queue de comète scintillante,
Métamorphose du vilain brochet aux petites dents bien acérées!

Te feras-tu toujours prendre un peu, beaucoup, passionnément,
A l'heure de la consommation de ton protéinique repas?
Pêcheur qui déteste se nourrir de la chair comme l'animal, de l'Autre,
Tout en y étant poussé, par le besoin de la faim du Manque,

De la PEUR d'Aimer et d'être dévoré tout cru,
La feras-tu Elle, disparaître, comme tant d'autres?


En premier lieu, appliquons-nous à faire mourir, son inconvenant sourire,
Ensuite, la faire quitter son bocal familier : l'isoler de ses sacrosaintes habitudes,
En rire avec elle, puis transformer indisciblement, le rire en cynique grimace,

Pour la priver de sa nourriture favorite : lui faire renier l'Amour, l'Amitié,
Les Autres, la belle affaire : nul Autre n'a d'existence pour le pêcheur!

Lui faire renoncer, par choix conscient, à tout ou partie d'Elle-même,
Pour une rebelle, au nom de l'ultime valeur de la Liberté d'Aimer l'Autre,

Le pêcheur se transformera la nuit, en vampire d'épouvante,
Suçant peu à peu consciencieusement le sang de sa victime,
Tout en lui laissant juste assez dans les veines, de quoi survivre...



Lui permettant dans sa Grandeur, entre deux sanglots, de lui dire :
Grand Merci, Pêcheur noir du royaume de l'eau glauque et obscure.

Merci de nous montrer la noirceur de l'Ame humaine,
Quand échouée brutalement, à genou, à terre, égarée dans le puits, malade,
Elle se mire inlassablement dans une flaque d'eau croupissante.
Tombée Amoureuse folle d'Elle-même.

Pour aller plus loin : "Le portrait de Dorian Gray" Oscar Wilde

lundi 26 mai 2008

Fil conducteur : le silence

Ah ! Vous êtes mes soeurs, les âmes qui vivez
Georges RODENBACH (1855-1898)
(Recueil : Le règne du silence)

Ah ! Vous êtes mes soeurs, les âmes qui vivez
Dans ce doux nonchaloir des rêves mi-rêvés
Parmi l'isolement léthargique des villes
Qui somnolent au long des rivières débiles ;

Ames dont le silence est une piété,
Ames à qui le bruit fait mal ; dont l'amour n'aime
Que ce qui pouvait être et n'aura pas été ;
Mystiques réfectés d'hostie et de saint chrême ;

Solitaires de qui la jeunesse rêva
Un départ fabuleux vers quelque ville immense,
Dont le songe à présent sur l'eau pâle s'en va,
L'eau pâle qui s'allonge en chemins de silence...

Et vous êtes mes soeurs, âmes des bons reclus
Et novices du ciel chez les visitandines,
Ames comme des fleurs et comme des sourdines
Autour de qui vont s'enroulant les angélus

Comme autour des rouets la douceur de la laine !
Et vous aussi, mes soeurs, vous qui n'êtes en peine
Que d'un long chapelet bénit à dépêcher
En un doux béguinage à l'ombre d'un clocher,

Oh ! Vous, mes soeurs, - car c'est ce cher nom que l'église
M'enseigne à vous donner, soeurs pleines de douceurs,
Dans ce halo de linge où le front s'angélise,

Oh ! Vous qui m'êtes plus que pour d'autres des soeurs
Chastes dans votre robe à plis qui se balance,
Ô vous mes soeurs en notre mère, le silence !