Ma flamme s’éteint un peu plus chaque jour. 
Ma flamme s’éteint un peu plus chaque jour. 




C'est le printemps, heure de la fraie, pauvre pêcheur impénitent,
Que captureras-tu dans tes rets d'argent, petite bête de sexe frétillant?
Petit poisson, aux écailles multicolores, sourire enjôleur, joli petit coeur?
Méfions-nous des sirènes vibrantes, à la queue de comète scintillante,
Métamorphose du vilain brochet aux petites dents bien acérées!
Te feras-tu toujours prendre un peu, beaucoup, passionnément,
A l'heure de la consommation de ton protéinique repas?
Pêcheur qui déteste se nourrir de la chair comme l'animal, de l'Autre,
Tout en y étant poussé, par le besoin de la faim du Manque,
De la PEUR d'Aimer et d'être dévoré tout cru,
La feras-tu Elle, disparaître, comme tant d'autres?
En premier lieu, appliquons-nous à faire mourir, son inconvenant sourire,
Ensuite, la faire quitter son bocal familier : l'isoler de ses sacrosaintes habitudes,
En rire avec elle, puis transformer indisciblement, le rire en cynique grimace,
Pour la priver de sa nourriture favorite : lui faire renier l'Amour, l'Amitié,
Les Autres, la belle affaire : nul Autre n'a d'existence pour le pêcheur!
Lui faire renoncer, par choix conscient, à tout ou partie d'Elle-même,
Pour une rebelle, au nom de l'ultime valeur de la Liberté d'Aimer l'Autre,
Le pêcheur se transformera la nuit, en vampire d'épouvante,
Suçant peu à peu consciencieusement le sang de sa victime,
Tout en lui laissant juste assez dans les veines, de quoi survivre... 
Lui permettant dans sa Grandeur, entre deux sanglots, de lui dire :
Grand Merci, Pêcheur noir du royaume de l'eau glauque et obscure.
Merci de nous montrer la noirceur de l'Ame humaine,
Quand échouée brutalement, à genou, à terre, égarée dans le puits, malade,
Elle se mire inlassablement dans une flaque d'eau croupissante.
Tombée Amoureuse folle d'Elle-même.
Pour aller plus loin : "Le portrait de Dorian Gray" Oscar Wilde
Ah ! Vous êtes mes soeurs, les âmes qui vivez

Tristesse
Alfred de Musset
J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté ;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.
Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie ;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.
Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.
Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelques fois pleuré.







Tableaux d'Emmanuel Garant



«Il se retrouva sur le chemin, dégrisé, seul, abominablement lassé, implorant une fin que la lâcheté de sa chair l’empêchait d’atteindre.»
J.-K. Huysmans, À Rebours.
«On peut imaginer que le poisson, sortant de temps en temps la tête de l’eau pour happer l’air, aperçoive pendant quelques secondes un monde aérien, complètement différent – paradisiaque. Bien entendu il devrait ensuite retourner dans son univers d’algues, où les poissons se dévorent. Mais pendant quelques secondes il aurait eu l’intuition d’un monde différent, un monde parfait – le nôtre.»
Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires.
Qu'importe le temps
Qu'emporte le vent
Mieux vaut ton absence
Que ton indifférence.
Serge Gainsbourg
L'indifférence
René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907)
(Recueil : Les vaines tendresses)
Que n'ai-je à te soumettre ou bien à t'obéir ?
Je te vouerais ma force ou te la ferais craindre ;
Esclave ou maître, au moins je te pourrais contraindre
A me sentir ta chose ou bien à me haïr.
J'aurais un jour connu l'insolite plaisir
D'allumer dans ton coeur des soifs, ou d'en éteindre,
De t'être nécessaire ou terrible, et d'atteindre,
Bon gré, mal gré, ce coeur jusque-là sans désir.
Esclave ou maître, au moins j'entrerais dans ta vie ;
Par mes soins captivée, à mon joug asservie,
Tu ne pourrais me fuir ni me laisser partir ;
Mais je meurs sous tes yeux, loin de ton être intime,
Sans même oser crier, car ce droit du martyr,
Ta douceur impeccable en frustre ta victime.

'Retrouver sa lumière' Mario Duguay
Aquarelle Lise St-Cyr : 'Jeune Maiko'